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Les Indes
Partir.
Se prolonger ailleurs.
Comme étirer son corps d’une nuit trop engourdie.
Mettre à jour,
les bruits de la rue, l’odeur, la lumière, une autre langue qui font de cette escale le sentiment d’être - l’étranger,
s’adapter au climat, à la pression du nombre, au bruit assourdissant des agglomérations, à la nourriture..
perdre son temps, oublier son visage.
Se fondre dans cette différence et jeter sur le blanc du papier les premiers gribouillis compulsifs saisis grain par grain sur l’écran de leur solitude.
“..le vide plus un fragment de vie ramassée miette par miette” écrit Tahar Ben Jelloun à propos de l’écriture, dans le “Discours du chameau”.
L’image me séduit et je l’associe volontiers à la conception que j’ai du dessin.
Le dessin est à l’écriture ce que la fleur est à la branche du pommier.
Je suis un peu fébrile le premier jour, une tension embrase mon corps à l’instant de saisir les traits de cet autre. Premières souillures du cahier.
Etre libre de tout représenter?
Ce qui est liberté ou tolérance dans notre pays peut être blasphématoire ailleurs.
Même avec un minimum de connaissance des règles de vie qui régissent la société visitée, le désir dans l’action peut mener à transgresser les limites de la bienséance.
Là où j’imaginais l’interdit on m’accueillait les bras ouverts et inversement là où je ne voyais aucune entrave l’exercice pouvait être réprimé avec autorité…
Voyageant avec ma compagne ou au plus, deux amis, j’entreprends seul l’errance graphique de mes carnets.
Assez vigilant je n’ai pas eu de déboires fâcheux avec l’autochtone; des bousculades selon les quartiers où la curiosité touristique est quasi nulle. Au contraire, jetant mon dévolu à un coin de rue l’ Indien m’aborde avec curiosité. Il est avenant, courtois, prêt à me proposer pour un meilleur confort à l’observation l’ avancée d’une chaise, l’offrande d’un thé…
Debout, carnet à bout de bras, la lumière éclabousse les volumes, l’ombre se creuse. Le corps se fatigue. La concentration vacille comme prise d’ivresse.
Le crayon léger du matin prend au soir le poids d’une masse.
Dans ma quête, l’exécution de l’ébauche se veut rapide incisive je ne cherche pas à “finir” mais à donner de la vérité et de la puissance à l’esquisse par le léger du tracé.
Pour la petite histoire, c’était au bazar de Hampi. Je me souviens d’un vieil homme édenté vendant à même le sol une poignée de haricots, sommer, avec une autorité de commandeur que son physique ne laissait en rien soupçonner, un gosse du quartier d’ouvrir et tenir parapluie au-dessus de ma tête afin de me protéger du soleil de midi.
Le temps de soigner notre conversation d’atelier. Il se nommait Mandjejla. J’étais son hôte.
Le Carnet est un recueil de ces fragments de vie partagée avec plus ou moins d’amusement, de complicité, j’ai encore en mémoire la carte sonore de ces instants volés pour certains. Le cri des corneilles au petit matin - le silence croisé des regards des sans-abris tétanisés encore par le froid de la nuit - les rires chahuteurs des enfants - les invitations policées de boutiquiers - ces petits riens de tous les jours ces grains de vie chopés à la poussière rouge du pays.
Les annotations sont nourries par le récit du quotidien, de conversations ou d’extraits de lecture d’ouvrages choisis au bâti du voyage.
Quelques mois plus tard, notes et dessins seront mis en page pour révéler un autre regard riche et chaleureux d’un pays en pleine mutation et convoité par de nombreux voyageurs.
Carnet 2_ Les Indes, 48 pages 2007, Extraits.
Chennai - Tirupati - Kurnool - Hyderabad - Gulburga - Bijapur - Badami - Hampi - Hassan - Mysore - Tiruchirappali - Mamallapuram.










Carnet 3 _ Les Indes, 54 pages, 2008 Extraits
Delhi - Jaipur - Ropangarh-Fort - Pushkar - Udaipur - Bijapur - Bundi - Shivpuri - Orchha - Khajuraho -Agra - Bharatpur - Deeg - Delhi.








